
Un taux journalier moyen de 500 euros par jour ne produit pas le même revenu en fin de mois selon que vous exercez en micro-entreprise, en SASU ou en portage salarial. L’écart peut dépasser plusieurs centaines d’euros mensuels, à volume de jours facturés strictement identique. Ce décalage tient à trois mécanismes distincts : le mode de calcul des cotisations sociales, l’assiette fiscale et le niveau de protection sociale inclus dans chaque statut.
Cotisations sociales : le poste qui creuse l’écart entre statuts freelance
Le TJM fixe un prix de vente. Ce prix ne devient un revenu qu’après soustraction des prélèvements obligatoires, et c’est là que les statuts divergent radicalement.
Lire également : Découvrez un exemple de fiche de paie ESAT 2026 selon votre temps de travail
En micro-entreprise, les cotisations sont calculées sur le chiffre d’affaires brut, sans aucune déduction de charges professionnelles. Depuis le 1er janvier 2025, le taux global pour les micro-entrepreneurs en BNC (régime général) atteint 24,6 % du chiffre d’affaires, contre 21,1 % avant juillet 2024. Cette hausse, étalée sur trois ans par décret, va se poursuivre en 2026.
Un freelance qui facture le même TJM qu’en 2023 voit donc son revenu net baisser mécaniquement, sans avoir changé quoi que ce soit à son activité. Les différences entre le calcul tjm portage salarial et le TJM en freelance traditionnel illustrent bien ce phénomène : à tarif identique, les prélèvements ne s’appliquent pas sur la même assiette.
A découvrir également : Toutes les tendances et actualités à ne pas manquer pour organiser votre mariage
En SASU ou en EURL, les cotisations portent sur la rémunération que le dirigeant se verse, pas sur le chiffre d’affaires total. La société peut déduire ses charges réelles (matériel, abonnements, comptable, déplacements) avant de définir l’assiette de cotisations. Le taux de prélèvement est souvent plus élevé en valeur faciale, mais il s’applique à une base plus étroite.
En portage salarial, le mécanisme est encore différent : la société de portage prélève des frais de gestion (généralement un pourcentage du chiffre d’affaires), puis calcule un salaire brut sur lequel s’appliquent les cotisations salariales et patronales classiques, identiques à celles d’un salarié.

Plafonds micro-entreprise et TJM élevé : le piège du régime fiscal
Pour la période 2026-2028, les plafonds du régime micro-entreprise sont fixés à 83 600 euros pour les prestations de services et activités libérales. Ce relèvement permet à davantage de freelances de rester en micro avec des TJM relativement élevés.
Le paradoxe est le suivant : rester en micro avec un TJM confortable semble avantageux sur le papier (simplicité administrative, pas de comptabilité complète). En pratique, la combinaison d’un plafond relevé et de cotisations en hausse produit un effet ciseau. Le freelance facture plus, reste éligible au régime simplifié, mais conserve une part proportionnellement rognée de son chiffre d’affaires.
À l’inverse, un indépendant en société qui dépasse ces plafonds sans difficulté peut optimiser sa rémunération en arbitrant entre salaire et dividendes (en SASU) ou entre rémunération de gérance et distribution de bénéfices (en EURL à l’IS). Cette latitude d’arbitrage n’existe tout simplement pas en micro-entreprise, où la totalité du chiffre d’affaires constitue l’assiette de prélèvement.
Portage salarial, SASU et micro : comparaison du revenu net à TJM identique
Pour rendre la comparaison concrète, voici les postes de prélèvement qui s’appliquent dans chaque statut avant d’arriver au revenu disponible :
- Micro-entreprise BNC : cotisations sociales sur le CA (24,6 % en 2025), abattement forfaitaire pour l’impôt sur le revenu, aucune déduction de charges réelles. Le net représente la fraction la plus basse du TJM facturé parmi les trois statuts.
- SASU à l’IS : charges professionnelles déductibles, cotisations sur la rémunération versée, possibilité de se verser des dividendes (soumis à flat tax ou barème). Le net dépend fortement de la stratégie de rémunération choisie, mais le plancher est sensiblement plus haut qu’en micro à CA équivalent.
- Portage salarial : frais de gestion de la société de portage (variable selon les acteurs), puis cotisations salariales et patronales classiques. Le taux de prélèvement global est le plus élevé, mais il inclut une couverture sociale complète (chômage, retraite complémentaire, mutuelle, prévoyance).
Le portage salarial laisse le revenu net le plus bas des trois options à TJM égal. En contrepartie, il offre le filet de protection le plus large : le droit au chômage en fin de mission change radicalement le calcul sur plusieurs années.
Protection sociale et jours non facturés : ce que le TJM ne dit pas
Comparer les statuts sur le seul revenu net mensuel revient à ignorer deux variables qui pèsent lourd sur le revenu réel annuel.
Jours réellement facturés dans l’année
Un salarié classique travaille environ 218 jours par an (hors congés payés, jours fériés, RTT). Un freelance n’a aucune garantie de facturer autant. Les périodes d’intercontrat, la prospection commerciale, la gestion administrative, les congés non rémunérés, les arrêts maladie sans indemnisation : tout cela réduit le nombre de jours effectivement facturés.
Le TJM est un prix unitaire, pas un revenu garanti. Deux freelances avec le même TJM mais des taux d’occupation différents auront des revenus annuels très éloignés, quel que soit leur statut.
Couverture en cas d’arrêt d’activité
En micro-entreprise et en SASU, aucun droit au chômage n’existe en cas de perte de clients. Le portage salarial, parce qu’il repose sur un contrat de travail, ouvre des droits à l’assurance chômage sous conditions. Sur une carrière de freelance ponctuée d’intercontrats, cette différence peut représenter plusieurs mois de revenu.

La retraite constitue un autre angle mort. Les cotisations retraite d’un micro-entrepreneur génèrent des droits sensiblement inférieurs à ceux d’un salarié porté ou d’un dirigeant de SASU qui se verse un salaire régulier. À TJM identique, le micro-entrepreneur prépare une retraite plus faible que ses homologues en société ou en portage.
Le choix du statut ne se résume pas à augmenter le net immédiat. Un TJM de 500 euros peut produire un revenu mensuel confortable en SASU avec une bonne optimisation, un revenu moyen en micro grignoté par la hausse des cotisations, ou un revenu plus modeste en portage qui finance une sécurité sociale complète.
Le bon arbitrage dépend du nombre de jours facturés que vous pouvez réellement atteindre et du niveau de risque que vous acceptez de porter sans filet.